Un vent chaud soufflait dans le couloir. D’un sursaut, Paula se réveilla dans ce qui semblait être une chambre d’hôpital. Mais tout était jauni, délabré, rongé par le temps. Une forte odeur de rouille imprégnait l’air. L’endroit paraissait abandonné depuis des dizaines d’années. Paula se demanda combien de temps elle avait pu rester dans ce lit. Pourquoi était-elle encore en vie ?
Lorsqu’elle parvint enfin à se lever, elle découvrit un nom gravé sur le dos de sa main, comme inscrit à l’aide d’une lame : “Danjo”, suivi d’une date : 04-12-88. Même en faisant un effort, Paula ne se souvenait de rien. D’où venait-elle ? En quelle année étions-nous ? Qui était ce Danjo ? Était-ce son propre prénom ? Sa date de naissance ? Des informations utiles si l’on était conscient que sa mémoire allait être perdue à tout jamais.
En parcourant difficilement les couloirs délabrés de l’hôpital, Paula se rendit compte que toute la ville était recouverte d’un sable fin. Les bâtiments, les monuments, tout semblait détruit par le temps. Elle atteignit enfin la sortie et appela à l’aide, espérant trouver quelqu’un ou quelque chose de vivant. Rien. Rien que des arbres morts et du sable à perte de vue.
Elle entra dans une maison qui tenait encore vaguement debout. La porte était déjà enfoncée, comme si quelqu’un – ou quelque chose – l’avait forcée bien longtemps auparavant. À l’intérieur, rien de surprenant : de vieilles photos poussiéreuses accrochées aux murs, des éclats de verre au sol. Les clichés montraient une famille modèle : un père, une mère, deux enfants – un garçon et une fille – et leur labrador, tous souriants face à l’objectif.
Alors qu’elle cherchait désespérément de quoi boire, un bruit se fit entendre dans une allée étroite : un grattement, un grondement. Paula attrapa le premier objet tranchant qu’elle trouva, se coupant la main au passage. Elle frappa les murs pour faire fuir la créature qu’elle imaginait, mais un amas de briques se détacha et s’écroula sur elle. Assoiffée, blessée, le corps couvert de poussière, Paula murmura dans un dernier souffle : « Danjo… »
C’est alors qu’une silhouette noire surgit. Elle crut sa fin venue. Mais dans cette masse obscure, elle distingua un gilet rempli de poches : des vivres, de l’eau, des papiers. La créature s’approcha… et lécha sa main ensanglantée. C’était un chien. Sur son collier, une médaille dorée portait le nom : “Danjo”. Il semblait heureux de voir une personne vivante dans ce monde désertique .
Plus tard, après avoir bu, elle examina les cartes attachées au gilet du chien. Des croix, des ronds, des flèches : des repères. Son regard se fixa sur une maison dessinée au feutre rouge, avec une indication au-dessus : “Maison”. Elle ne pouvait cesser d’y penser. Accompagnée de Danjo, elle se mit en route.
Après une longue marche, ils arrivèrent à une station essence abandonnée, fortifiée de grillages, de projecteurs, et de barricades de fortune. À l’intérieur, une gamelle portait le nom “Danjo”. Paula demanda : « C’est ici que tu vis ? » En explorant les lieux, elle sursauta en se voyant dans un vieux plateau en argent faisant office de miroir. Elle était vieille. Pas juste épuisée, mais vieille comme quelqu’un ayant vécu des décennies seule dans un désert.
Près du miroir, elle trouva une photo polaroïd : elle, avec le même chien. C’était elle, bien plus jeune. Tout devenait clair. Danjo était son chien. Cet abri, sa maison.
Sur la table, un carnet rempli de souvenirs, avec une note manuscrite posée dessus :
“Si vous trouvez cette note, c’est que la solitude aura eu raison de moi. Je suis partie vers un monde meilleur, du moins je l’espère. Je suis vieille, malade, perdue. Depuis la mort de Danjo, il ne me reste que ma solitude. Il m’a accompagnée durant ces quinze longues années. Je ne regrette rien, et je suis en paix.”
Paula ne comprenait pas. Elle lisait une lettre d’adieu qu’elle-même avait écrite… pourtant elle était vivante.
Un grand fracas secoua la maison. Une lumière blanche et bleue traversa la vitre. Une voix grave :
– « Comment s’appelle la personne ici ? »
– « Paula », répondit un autre homme. « Il s’agit probablement d’un suicide, vu la note. »
Les ambulanciers tentèrent de la réanimer. Mais rien n’y fit.
– « Heure du décès : 12 avril 1988, 12h34. »